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Bilan carbone au Maroc : comprendre les scopes 1, 2 et 3 pour agir

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    EIE Maroc
  • il y a 2 jours
  • 6 min de lecture
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Bilan Carbone Maroc : Les scopes d'émissions GES

Le bilan carbone au Maroc n'est plus une démarche volontaire réservée aux grandes entreprises engagées en RSE. C'est aujourd'hui un impératif économique concret, porté par le durcissement des réglementations européennes et les exigences croissantes des donneurs d'ordre internationaux. Pour les dirigeants et responsables RSE des entreprises marocaines, maîtriser son empreinte carbone et comprendre ce que recouvrent les scopes 1, 2 et 3, est devenu une condition de survie sur les marchés d'export. Ce guide vous donne les clés pour comprendre la comptabilité carbone et savoir comment engager votre entreprise dans une démarche structurée de réduction des émissions.


Pourquoi le bilan carbone au Maroc est devenu urgent


Le Maroc exporte environ 65 % de sa production vers l'Union européenne. Or, l'UE a mis en place le Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières (MACF), connu sous l'acronyme CBAM. Depuis 2024, les importateurs européens doivent déclarer les émissions carbone incorporées dans les produits qu'ils achètent. Dès 2026, ils devront acquérir des certificats carbone pour couvrir ces émissions et répercuteront ce coût sur leurs fournisseurs.


Les secteurs marocains directement concernés dès 2026 sont le fer et l'acier, l'aluminium, le ciment, les engrais (phosphates inclus) et l'électricité. D'autres filières comme le textile, l'agro-industrie et la chimie pourraient suivre dès 2027-2028.


L'impact financier est réel : pour le secteur des engrais, le coût de l'ajustement aux frontières pourrait atteindre entre 13 et 20 euros par tonne de CO2 dès 2026, et jusqu'à 68 euros à l'horizon 2034. Une entreprise qui ne connaît pas son empreinte carbone sera dans l'incapacité de négocier ou d'anticiper ces surcoûts.


Au-delà du CBAM, les grandes entreprises européennes sont désormais soumises à la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), qui les oblige à reporter les émissions de l'intégralité de leur chaîne de valeur, y compris celles de leurs fournisseurs marocains. Ne pas être en mesure de fournir ces données, c'est s'exclure de facto des appels d'offres stratégiques.


Sur le plan national, le gouvernement marocain prévoit l'introduction d'une taxe carbone nationale dans le cadre de la Loi de Finances 2026, et l'IMANOR a été désigné comme l'entité publique chargée de valider les bilans carbone. Le cadre réglementaire se referme des deux côtés de la Méditerranée. Les entreprises qui auront déjà réalisé leur bilan carbone au Maroc seront les mieux positionnées pour absorber ces changements sans rupture.



Scopes 1, 2 et 3 : les trois périmètres du bilan carbone


Pour réaliser un bilan carbone, les émissions de gaz à effet de serre sont classées en trois catégories selon leur origine. Comprendre cette distinction est primordial pour identifier où agir en priorité et comment répartir les efforts entre les différents niveaux de responsabilité de l'entreprise.


Scope 1 : les émissions directes


Le scope 1 regroupe les émissions générées physiquement sur les sites de l'entreprise ou par ses équipements. C'est la catégorie sur laquelle l'organisation a le contrôle le plus immédiat et le plus direct.


Exemples concrets des émissions directes : combustion de gaz naturel ou de fuel dans les chaudières et fours industriels, consommation de gasoil par la flotte de véhicules appartenant à l'entreprise, fuites de fluides frigorigènes des systèmes de climatisation (particulièrement critiques pour les industries agroalimentaires marocaines) et émissions chimiques des procédés industriels comme la décarbonatation du calcaire dans les cimenteries.

Scope 2 : les émissions liées à l'énergie achetée


Le scope 2 concerne les émissions associées à la production de l'électricité ou de la vapeur achetée par l'entreprise. Bien que ces émissions se produisent physiquement dans les centrales de l'ONEE ou des producteurs indépendants, elles sont imputées à l'entreprise consommatrice au titre de sa responsabilité indirecte.


Au Maroc, le facteur d'émission moyen de l'électricité était d'environ 644 grammes de CO2 par kilowattheure en 2024, une valeur en baisse constante grâce à la montée en puissance de l'éolien et du solaire pilotée par MASEN.


Concrètement, une usine qui consomme 500 000 kWh par an génère environ 322 tonnes de CO2 équivalent rien que par sa consommation électrique. Réduire sa consommation ou basculer vers des énergies renouvelables est donc un levier direct, mesurable et financièrement rentable sur le scope 2.

Scope 3 : les émissions de la chaîne de valeur


Le scope 3 englobe toutes les autres émissions indirectes, en amont et en aval de l'activité. Pour la majorité des entreprises, cette catégorie représente plus de 75 % de leur empreinte totale, parfois jusqu'à 90 %. C'est aussi la plus complexe à mesurer, car elle implique de collecter des données auprès des fournisseurs et des clients.


En amont : fabrication des matières premières achetées (acier, coton, produits chimiques), transport des composants par les fournisseurs, déplacements domicile-travail des collaborateurs, et voyages d'affaires.


En aval : logistique d'exportation vers les clients, énergie consommée par le client pour utiliser le produit, et traitement des déchets en fin de vie.


Dans le textile marocain, par exemple, la phase de transformation des fibres représente 50 à 80 % de l'empreinte carbone totale. Le choix de la matière a un impact considérable : un pull en laine peut émettre jusqu'à 56 kg CO2 équivalent, contre seulement 13 kg pour un pull en coton recyclé. Pour un exportateur d'agrumes, les postes clés sont l'usage des engrais azotés et le fret international.


Comment se déroule concrètement un bilan carbone au Maroc ?


La démarche suit quatre étapes méthodologiques encadrées par la norme ISO 14064 ou le GHG Protocol, deux référentiels internationaux reconnus.


Étape 1 - Cadrage et périmètres :


Définir quels sites, filiales et flux d'émissions sont inclus dans l'analyse, et sur quelle période. Généralement, l'exercice porte sur une année civile complète pour lisser les variations saisonnières.


Étape 2 - Collecte des données :


Rassembler les données physiques, litres de gasoil consommés par les machines, factures d'électricité en kWh, tonnes de matières premières achetées, kilomètres parcourus par les prestataires de transport. C'est souvent la phase la plus exigeante en temps.


Étape 3 - Calcul des émissions :


Convertir chaque donnée d'activité en CO2 équivalent grâce à des facteurs d'émission. La Fondation Mohammed VI pour la Protection de l'Environnement a développé un outil national "Bilan Carbone Maroc" intégrant plus de 600 facteurs d'émission adaptés aux réalités locales mix énergétique marocain, modes de transport régionaux, intrants agricoles nationaux.


Étape 4 - Analyse et plan d'action :


Identifier les postes les plus émetteurs et définir un plan de réduction priorisé selon le retour sur investissement carbone et financier. Pour un industriel textile, cela révélera souvent que la phase d'ennoblissement est la plus émettrice. Pour un exportateur de produits agroalimentaires, ce pourra être les engrais azotés ou le fret aérien.



De la mesure à l'action : les leviers de décarbonation


Un bilan carbone bien réalisé agit comme un scanner de la santé environnementale et économique de l'entreprise. Il révèle les dépendances aux énergies fossiles et les risques de surcoût fiscal futur. Les principaux leviers d'action sont les suivants.


L'efficacité énergétique est souvent le premier levier accessible : isoler les bâtiments, moderniser les moteurs électriques, installer des variateurs de vitesse. Ces actions réduisent le scope 2 tout en abaissant la facture d'énergie, un double bénéfice immédiat.


La transition vers les énergies renouvelables : panneaux photovoltaïques en toiture ou contrats d'achat d'énergie verte (PPA), permet de décarboner massivement l'activité industrielle, avec des retours sur investissement de plus en plus compétitifs au Maroc.


L'optimisation de la chaîne d'approvisionnement, en travaillant avec des fournisseurs locaux, réduit les émissions de transport et favorise l'économie circulaire. C'est un levier de scope 3 particulièrement efficace pour les industries exportatrices.


L'éco-conception, enfin, consiste à repenser les produits pour utiliser moins de matière ou des matériaux recyclés, avec un impact direct et mesurable sur le scope 3 aval.


Un soutien financier à mobiliser : le programme Tatwir Croissance Verte de Maroc PME prend en charge jusqu'à 80 % des coûts pour les PME et 90 % pour les TPE au titre des audits énergétiques et des bilans carbone. Ce dispositif représente une opportunité concrète pour les entreprises qui souhaitent démarrer sans investissement initial lourd.

Anticiper 2026 - 2030 : commencer dès aujourd'hui


Le carbone est devenu une monnaie d'échange, et son prix ne cessera d'augmenter. Pour les dirigeants marocains, ignorer son empreinte carbone, c'est naviguer sans boussole dans une tempête réglementaire qui approche à grande vitesse. Le bilan carbone au Maroc est bien plus qu'une contrainte technique : c'est un outil de pilotage de la performance globale qui permet de réduire les coûts, de sécuriser les financements verts et d'ouvrir les portes des marchés de demain.


Le Maroc occupe la huitième place mondiale de l'Indice de Performance Climatique 2025. Cette reconnaissance internationale est une opportunité commerciale pour les entreprises qui sauront faire de leur empreinte carbone maîtrisée un argument différenciateur face à des concurrents asiatiques lourdement carbonés.


Anticiper 2026, c'est commencer dès aujourd'hui à mesurer pour pouvoir agir.


Vous souhaitez réaliser votre bilan carbone au Maroc ?



Si vous avez un doute sur la méthode à suivre ou les obligations applicables à votre secteur, la bonne pratique est de consulter un expert avant que les échéances réglementaires ne vous rattrapent. EIE Maroc prend en charge votre bilan carbone de A à Z : mesure des émissions scopes 1, 2 et 3, identification des gisements de réduction et accompagnement à la conformité CBAM. Envoyez un simple email à projets@eie-maroc.com , nous vous répondons dans un délai de 24h à 48h.

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